HISTOIRE

Histoire.

Les origines et l'histoire de la Société Européenne de Culture, de sa fondation à Venise en 1950 à aujourd'hui.

Histoire

La Société Européenne de Culture (SEC) fut fondée à Venise en 1950 par le philosophe du droit et philosophe de la politique Umberto Campagnolo (1904-1976). Il avait présenté pour la première fois l'idée d'une organisation européenne capable de réunir des personnalités du monde de la culture lors des Rencontres Internationales de Genève en septembre 1946. Il était convaincu que les forces de la culture devaient assumer la responsabilité qui leur incombait face aux profondes divisions politiques, et aussi culturelles, apparues en Europe après la Seconde Guerre mondiale, et ce par un engagement de nature éthique.

Au cours des années suivantes, il s'employa à recueillir des adhésions au projet et à créer les conditions matérielles nécessaires à sa réalisation, lesquelles furent garanties par Giovanni Ponti, «maire de la Libération» et alors Commissaire extraordinaire de la Biennale de Venise. Un Comité promoteur international fut constitué ; il œuvra à obtenir un nombre important d'adhésions dans l'une des phases les plus critiques de la guerre froide.

L'Assemblée constitutive de la SEC s’est tenue à Venise du 28 mai au 1er juin 1950 et approuva, le 1er juin, les Statuts de la Société. Près de 300 artistes, philosophes, écrivains et autres personnalités du monde de la culture ont pris part à la naissance de la nouvelle association internationale. La SEC a été conçue non seulement comme un lieu d'échange culturel, mais aussi comme une association engagée dans l'affirmation de la responsabilité politique et civile de la culture, indépendante de tout contrôle politique et étatique. Son objectif fondateur était d'affirmer la nécessité d'une politique de la culture, que Campagnolo distinguait de la «politique culturelle», c'est-à-dire de la planification culturelle menée par les hommes politiques. Par politique de la culture, il entendait l'action des hommes de culture1 visant à défendre les conditions d'existence et de développement de la culture elle-même ; cela suppose donc l'ouverture la plus large possible aux diverses positions philosophiques et idéologiques, car il s'agit d'une action politique qui se fonde sur ce qui unit les hommes de culture -tels que les définissait Campagnolo, en les distinguant de ceux que l'on qualifie généralement d’«intellectuels» - et non sur ce qui les divise.

« Homme de culture » était donc celui ou celle qui a à cœur le développement autonome de la culture, indépendamment de sa profession. Ces figures devaient se distinguer à la fois des érudits, pour qui la culture n’avait qu’une valeur de possession, et de ceux qui exerçaient une fonction intellectuelle, c’est-à-dire pour qui la culture était une activité pratique. Les hommes de culture auraient dû s’occuper de questions de nature politique, en agissant toutefois sur les conditions mêmes de l’activité intellectuelle, sans pour autant se transformer en politiciens de profession. La Société européenne de culture, en tant qu’organisation qui réunissait justement des « hommes de culture » et non des intellectuels, ne s’intéressait pas aux contenus de la culture, mais à ses formes de développement.2

En conséquence, la Société Européenne de Culture visait à renforcer les valeurs de la civilisation, à promouvoir le dialogue et à contribuer à la création des conditions d'une paix véritable, comme l'énonce les deux premiers articles des statuts adoptés par l'Assemblée constitutive :

«La Société Européenne de Culture a pour but d’unir des hommes de culture par des liens de solidarité et d’amitié.

Ceux-ci, conscients de leur devoir d’agir en plein accord pour sauvegarder et améliorer les conditions nécessaires à l’affirmation de la culture qui est la raison d’ être de notre civilisation, entendent contribuer de cette manière à la solution du problème européen»3

Le symbole officiel de la Société Européenne de Culture, créé par Umberto Campagnolo en 1976

Le symbole officiel de la Société Européenne de Culture, créé par Umberto Campagnolo en 1976
Les initiales de la devise ἀνθρώπoυ πoλιτεία / γνῶθι σεαυτóν (littéralement : «la bonne conduite de l'homme / connais-toi toi-même») évoquent les points cardinaux de l'association, condensés dans la vocation au dialogue («τò διαλεκτικóν»)4

La culture comme instrument de dialogue

Pour Umberto Campagnolo, la culture offrait un espace dans lequel des personnes porteuses de convictions politiques profondément différentes pouvaient se rencontrer, échanger et travailler ensemble sur la base de valeurs communes.

Cette conviction a revêtu une importance particulière durant la Guerre froide, alors que les relations entre hommes des culture et artistes d'Europe de l’Est et de l’Ouest étaient souvent extrêmement difficiles.

La SEC a créé des occasions de rencontre entre hommes de culture et artistes issus de traditions politiques et idéologiques différentes, favorisant ainsi la confrontation et la discussion. L'association est devenue un instrument permettant de surmonter les divisions politiques et de promouvoir le dialogue entre diverses conceptions de la société, de la culture et de la démocratie ; elle a offert des espaces de réflexion commune à une époque où l'Europe était divisée par ce que l’on a appelé le «rideau de fer».

Parmi les personnalités associées à la fondation et aux premières années d'activité de la SEC figuraient certaines des figures les plus marquantes de la culture européenne, dont Theodor Adorno, Julien Benda, Norberto Bobbio, Albert Camus, Benedetto Croce, André Gide, J. B. S. Haldane, Carl Jung, Thomas Mann, Henri Matisse, François Mauriac, Maurice Merleau-Ponty, Jean-Paul Sartre, Giuseppe Ungaretti et Albert Schweitzer.

Au cours des années suivantes, la SEC a par ailleurs noué des relations importantes avec des représentants de la culture et des artistes d'Europe centrale et orientale, parmi lesquels Bertolt Brecht, Ernst Bloch, Ilya Ehrenbourg et Georg Lukács. En France, des personnalités de la culture importantes , telles que Jean Lacroix, Paul Ricœur, François Perroux, André Breton, Marc Chagall et Louis Jouvet, ont notamment participé aux activités de l'association.

En 1960, Umberto Campagnolo fut candidat au prix Nobel de la paix, en reconnaissance de la contribution de la Société Européenne de Culture (SEC) à l’édification de la concorde entre les peuples.

Entre la fin des années cinquante et le milieu des années soixante-dix, sous la direction du fondateur et secrétaire général Campagnolo, la SEC a consolidé sa présence sur la scène culturelle internationale, faisant de la culture un instrument de dialogue, de compréhension mutuelle et de coopération.

À une époque marquée par des oppositions idéologiques et politiques, la SEC a maintenu ouvert le dialogue entre des personnalités du monde de la culture issues de pays et de systèmes différents. Le réseau des centres nationaux, actif dans plusieurs pays, a renforcé cette vocation internationale, en créant des lieux de rencontre et en favorisant les échanges entre chercheurs, écrivains, artistes et acteurs de la culture européenne.

Les assemblées générales, les colloques, les rencontres internationales et les travaux des organes de la Société offrirent un espace permanent de discussion sur les grands thèmes de l'époque, donnant une réalité concrète au principe de la « politique de la culture » inscrit dans les documents fondateurs de la SEC.

Le dialogue entre l'Europe occidentale et l'Europe orientale revêtit une importance particulière. La SEC s’efforça de maintenir des liens avec des personnalités du monde de la culture d'Europe centrale et orientale ainsi que d’Union soviétique, dans la conviction que la culture pouvait créer un espace de rencontre par-delà même les divisions politiques et idéologiques : non pas pour effacer les différences, mais pour les aborder par le biais de l’échange, de la connaissance mutuelle et de la recherche d'un horizon humaniste commun.

Dans cette perspective, le rôle joué par la revue Comprendre, fondée conjointement avec la SEC et dirigée par Umberto Campagnolo jusqu'à sa mort en 1976, fut particulièrement significatif. La revue constitua l'un des principaux instruments par lesquels la Société élabora et diffusa sa propre conception de la « politique de la culture ». À travers des essais, des interventions et des documents, Comprendre aborda les grandes questions de l'époque : les relations internationales, la paix, la liberté de la culture, le rapport entre culture et politique, la responsabilité des hommes de culture, la confrontation entre différents systèmes politiques et culturels ainsi que les transformations de la société contemporaine.

La SEC a intensifié sa réflexion sur les rapports entre culture, politique et société. Les transformations du monde contemporain, la compétition entre les blocs, les tensions internationales et le rôle croissant de la science et de la technologie soulevaient de nouvelles interrogations quant au rôle des hommes de culture. La Société a cherché à aborder ces questions dans une perspective interdisciplinaire.

La réunion du Conseil exécutif de la SEC qui s’est tenue à Leningrad en 1968 a constitué un moment particulièrement significatif. Dans une année marquée par le Printemps de Prague et par de vives tensions internationales, cette rencontre a témoigné de la volonté de la Société de maintenir les échanges culturels même en pleine période de forte confrontation politique sur la scène internationale. La présence de représentants issus de onze pays et de contextes culturels variés, sans aucune exclusion préalable (un membre de l'Espagne franquiste de l’époque a même pu y participer), a concrètement illustré l'idée, défendue par Campagnolo, selon laquelle le dialogue entre les hommes de culture devait se poursuivre y compris dans les moments les plus difficiles.

Outre le dialogue international, la SEC accorda une attention croissante aux thèmes de la paix, de la responsabilité des personnalités du monde de la culture et de la liberté de la culture. La culture y était conçue non pas tant comme un patrimoine de connaissances que comme la liberté créatrice de l'esprit humain. Dans cette perspective, la «politique de la culture» élaborée par la SEC visait à favoriser une participation consciente des individus aux grands enjeux de leur époque, sans pour autant transformer la Société en une association politique.

Durant cette période les relations de la SEC avec les institutions italiennes et internationales se sont également consolidées. La reconnaissance croissante de la Société alliée au soutien reçu de la part des institutions a contribué à renforcer sa structure et à assurer la pérennité de ses activités. Parallèlement la SEC a toujours préservé son autonomie, fondée sur la confrontation de points de vue variés et sur la liberté de discussion, qui constitue le socle même de sa crédibilité.

Dans les années soixante-dix, alors que le contexte international connaissait de nouvelles transformations, la SEC a continué à s'interroger sur le rôle de la culture et des hommes de culture dans la société contemporaine. La détente internationale ne faisait pas disparaître les divisions idéologiques et politiques, mais ouvrait de nouvelles possibilités de dialogue. La Société a donc poursuivi ses activités - rencontres, assemblées, débats et publications- en maintenant au cœur de sa démarche l'objectif de favoriser la compréhension mutuelle entre différentes cultures et différents pays.

Les dernières années d'Umberto Campagnolo, secrétaire général et directeur de Comprendre, furent donc marquées par la continuité de cette orientation et simultanément par la nécessité de se confronter à un monde profondément transformé par rapport à celui de l'après-guerre. La SEC avait désormais consolidé son identité internationale ainsi qu’un réseau de relations lui permettant de continuer à servir de lieu de rencontre entre différentes manières de concevoir le rôle de la culture.

Avec la mort d'Umberto Campagnolo en 1976 s’est achevée la longue phase fondatrice de la Société. Pendant près de trente ans, il avait contribué à définir non seulement la structure de la SEC, mais surtout son identité et sa conception de la culture en tant qu’instrument de dialogue et de responsabilité civile. L'héritage de cette approche continuera à orienter l'activité de la Société au cours années suivantes, y compris face aux profondes transformations du contexte européen et international.

Les années quatre-vingt : une phase de transformation

Au début des années quatre-vingt, la SEC traversait une phase particulière. Après le décès de son fondateur Umberto Campagnolo en 1976, la Société avait connu un ralentissement tout en préservant sa structure internationale et sa vocation au dialogue entre des cultures différentes. En 1976, la direction de la revue Comprendre fut confiée à Norberto Bobbio. Michelle Campagnolo-Bouvier prit les fonctions de Secrétaire générale du Centre international, dont le siège demeurait à Venise.

Après la présidence de Beniamino Segre, Adriano Buzzati-Traverso devint président de la SEC. Il souhaitait en renforcer la vocation interdisciplinaire. En tant que scientifique de renommée internationale et acteur majeur de la coopération scientifique européenne et internationale, notamment grâce à son expérience à l'UNESCO, Buzzati-Traverso fit du dialogue entre les cultures et de la coopération internationale l'un des fondements de son action.

Vint ensuite la présidence de Giuseppe Galasso, qui occupa cette fonction jusqu'en 1988. La présidence Galasso revêt une importance particulière car elle coïncide avec une phase de profonds changements en Europe de l’Est. L'assemblée générale de Belgrade en 1986, constitue un moment charnière; elle était consacrée au thème : «L'Europe de la culture dans le nouveau climat Est-Ouest». La SEC commence alors à s'interroger sur les transformations du système international et sur les nouvelles perspectives européennes qui se dessinaient . Selon l’analyse de Michelle Campagnolo-Bouvier, c'est précisément pendant la présidence Galasso que la SEC s’efforça de préserver son message originel, tout en l'adaptant au nouveau contexte international.

1988 : Vincenzo Cappelletti et le nouveau climat européen

En 1988 Vincenzo Cappelletti, historien des sciences et spécialiste de l'interdisciplinarité est élu président ; il préconise une attention accrue aux projets scientifiques transnationaux, souligne la nécessité d'une intervention européenne en soutien à l'Europe de l’Est et appelle à une réflexion sur l'avenir de l'Europe. La XIXe Assemblée générale de la SEC s’est tenue à Bari du 22 au 25 octobre 1988, sur le thème : L'Europe de la culture dans le nouveau climat Est-Ouest.

La documentation d’époque du journal Le Monde est particulièrement intéressante, car elle montre comment la SEC cherchait à interpréter les effets des réformes de Mikhaïl Gorbatchev et de l'ouverture de l'Europe de l’Est. Des personnalités du monde de la culture issues notamment de l’Allemagne de l'Est, de la Hongrie, de la Pologne et de la Yougoslavie ont pris part à cette assemblée. Parallèlement, celle-ci a mis en lumière les contradictions de l’époque : si les réformes soviétiques suscitaient de l’espoir, des questions telles que celles du mur de Berlin, de la situation en Pologne ou encore de la situation en Tchécoslovaquie demeuraient en suspens.

Le passage aux années quatre-vingt-dix : la SEC après la Guerre froide

La fin de la Guerre froide rendait moins immédiate la fonction traditionnelle de «pont» entre l'Europe occidentale et l'Europe orientale, la SEC chercha donc à réinterpréter la «politique de la culture» à la lumière du nouveau contexte international. Un document des Archives historiques de l'Union européenne confirme qu'en février 1990 la SEC organisa à Moscou, au sein du Centre soviétique de la Société, une rencontre intitulée «L'Europe de la culture : sources communes, développements divergents, nouvelle collaboration», qui se déroula du 12 au 15 février 19905.

Ce colloque a constitué un moment de dialogue fondamental, s’inscrivant dans un contexte historique extraordinaire : quelques mois après la chute du mur de Berlin (novembre 1989) et en pleine ère de la Perestroïka menée par Mikhaïl Gorbatchev, avant la dissolution définitive de l'Union soviétique. La nouvelle réalité européenne soulevaient des interrogations différentes de celles qui avaient marqué les décennies précédentes. À l'opposition entre deux systèmes politiques et idéologiques se substituaient des processus plus complexes, où coexistaient des aspirations à l'intégration et des tendances à la fragmentation : la culture était quant à elle de nouveau appelée à s'interroger sur sa capacité à favoriser la compréhension mutuelle, à contrer les nouvelles formes de conflit et à contribuer à l’édification d'une coexistence européenne fondée sur le dialogue.

Ces problématiques trouvèrent une formulation particulièrement significative lors de la XXIe Assemblée générale de la SEC, qui s’est tenue à Venise du 8 au 10 octobre 1993, et était consacrée au thème Scissioni, sfaldamenti, nuove aggregazioni e politica della cultura (Scissions, clivages, nouvelles agrégations et politique de la culture)6. L’intitulé même de l'Assemblée reflétait la nouvelle donne européenne et la SEC poursuivait ainsi sa réflexion sur le rôle des hommes de culture face aux mutations politiques et ociales. La «politique de la culture» revêtait alors une dimension inédite : il ne s'agissait plus seulement de créer des occasions de dialogue entre deux réalités opposées, mais de comprendre les dynamiques qui transformaient les sociétés européennes et d'identifier de nouveaux instruments pour favoriser l’échange, la coopération et la compréhension mutuelle.

Au cours des années quatre-vingt-dix, la relation entre culture et mondialisation a par ailleurs pris une importance croissante. Face aux processus de mondialisation, la SEC s'interrogeait sur la possibilité de préserver la pluralité des cultures sans transformer les différences en nouvelles formes d'opposition. Parallèlement, face aux processus de désagrégation,est apparue la nécessité de définir de nouveaux outils de dialogue susceptibles de renforcer la coexistence et la coopération.

Un moment particulièrement significatif de cette réflexion fut le colloque organisé par la SEC à Budapest du 7 au 9 juin 1995, consacré au thème : Les hommes de culture face aux forces de désagrégation et de globalisation dans la société d'aujourd'hui7. La culture était à nouveau appelée à jouer une fonction de médiation et de compréhension au sein d’une réalité profondément changée : il ne s’agissait plus d’une Europe divisée en deux blocs, mais d’un continent traversé par de nouvelles tensions, de nouvelles identités et de nouveaux processus d'intégration. Le cinquantième anniversaire de l'idée originelle de la SEC offrit par ailleurs l'occasion de réfléchir au rapport entre l'histoire de la Société et les défis du nouveau contexte européen. Les 25 et 26 octobre 1996, à Venise, se tint la rencontre L'Europe, la culture, la paix. A vingt ans d'un héritage spirituel. A cinquante ans d'une idée : la SEC, 1946. Cette initiative renvoyait directement aux origines de la Société et à l'intuition d'Umberto Campagnolo, tout en proposant une réflexion sur l'actualité de ses principes.

La mission originelle n'était pas abandonnée, mais réinterprétée à la lumière des nouvelles conditions historiques avec la conviction que, même dans un monde de plus en plus interconnecté et simultanément traversé par de nouvelles divisions, le dialogue culturel demeurait un instrument essentiel pour la compréhension mutuelle et la construction de la paix.

L'idée d'une politique de la culture

Un principe central de la SEC est la conviction que la création artistique ne saurait être dissociée du débat culturel et social et qu’elle revêt une valeur politique. Les hommes de culture et les artistes ont la responsabilité d'attirer l'attention des décideurs politiques et de l'opinion publique sur les dimensions humaines et culturelles des grands défis auxquels la société est confrontée.

Pour Umberto Campagnolo, cette responsabilité exigeait le développement d'une «politique de la culture» : une approche politique capable de reconnaître la culture non pas simplement comme un secteur de la vie publique, mais comme une force fondamentale dans la création de valeurs partagées et dans la construction de la paix.

Cette idée a continué à évoluer au sein de la SEC. Dans une formulation ultérieure, Edgar Morin, une autre grande figure de la SEC, a évoqué une «politique de civilisation», entendue comme une approche capable de créer et de renouveler les valeurs sur lesquelles se fondent les sociétés.

La SEC considère donc le dialogue entre artistes et acteurs culturels comme un moment essentiel de l'action politique visant à sauvegarder et à améliorer la condition humaine. Les institutions politiques internationales, nationales et régionales ne peuvent, à elles seules, promouvoir un véritable débat culturel sans la contribution et la médiation de la société civile et de ceux qui sont directement engagés dans les questions liées à la culture.

Une institution européenne à vocation internationale

La langue de travail officielle de la SEC est le français. Son siège international a été à Venise pendant plus de six décennies. Au cours de ses 65 années de présence dans la ville, l'association a occupé plusieurs sièges historiques :

Palazzo Reale (Procuratie Nuove), place Saint-Marc 52, Venise - siège de la SEC de 1954 à 1976.
Palazzo Reale (Procuratie Nuove), place Saint-Marc 52, Venise - siège de la SEC de 1954 à 1976. Photo : Archives SEC.

Les Statuts de la SEC ont été modifiés à plusieurs reprises au fil des décennies. Entre 1950 et 2023, seize éditions des Statuts ont été élaborées, les modifications successives en ayant préservé l'inspiration fondamentale originelle

Le Conseil exécutif et l'Assemblée générale de la SEC se réunissent chaque année. La dernière Assemblée générale, qui s’est tenue à Bruxelles en 2025, était consacrée au thème «L'Europe entre géopolitique et identité culturelle».

Un engagement qui se poursuit

Plus de soixante-dix ans après sa fondation, la SEC continue de poursuivre le principe au cœur du projet originel d'Umberto Campagnolo : la culture peut créer des espaces de dialogue là où, autrement, les divisions politiques prévaudraient.

De la confrontation entre l'Est et l'Ouest durant la guerre froide aux défis qui concernent aujourd'hui l'Europe et le monde, la SEC a cherché à réunir des traditions intellectuelles, artistiques et culturelles différentes pour aborder les grandes questions de la société contemporaine.

Son histoire n'est donc pas seulement l'histoire d'une association, mais aussi celle d'une conviction qui perdure dans le temps : la culture est une condition du dialogue, une source de valeurs partagées et un instrument essentiel pour la paix.

Selon les mots d'Umberto Campagnolo, l'aspiration de la SEC peut s'exprimer tout simplement ainsi : «une paix qui ait la même valeur pour tous».

Les archives historiques

Une reconnaissance majeure de l'importance européenne de la SEC a été obtenue grâce aux efforts de Michelle Campagnolo-Bouvier, puis de la secrétaire générale internationale Cosima Campagnolo (2011-2023), et ce à une époque où la SEC ne parvenait plus à réunir ses Conseils et ses Assemblées comme par le passé : il s’agit de l’accueil par les Archives historiques de l'Union européenne, (établies à Florence) du fonds historique de la Société. Les archives de la SEC, qui comptent environ 230 mètres linéaires, sont intégralement conservées et mises à la disposition des chercheurs, tant dans le cadre prestigieux de la Villa Salviati à Florence qu’en ligne, partout dans le monde.

  1. « Par homme de culture, on entend le sens le plus évident et traditionnel du latin homo, et non vir.» (traduit de l’italien). Umberto Campagnolo, L’altra politica, éd. par Cosima Campagnolo (Bologne : CLUEB, 2017), p. 10. ↩
  2. Umberto Campagnolo, Petit dictionnaire pour une politique de la culture (Neuchâtel : À La Baconnière, 1969), p. 36 (publié à l’origine dans Comprendre, 13-14, p. 233) ; p. 37 (publié à l’origine dans Comprendre, 25, 1962-1963, p. 99-100). ↩
  3. Statuts de la Société européenne de culture, adoptés par l’Assemblée constitutive réunie à Venise, au Palais des Doges, du 28 mai au 1er juin 1950, HAEU, SEC-444 p.26. ↩
  4. Matteo Campagnolo - Article sur le logo de la SEC publié dans la revue Comprendre, n° 1 (2009) ↩
  5. Voir le document Communiqué et déclaration des participants à la table ronde de Moscou- 12-15 février 1990. ↩
  6. Document final de la XXI° Assemblée générale ordinaire - 8-10 octobre 1993 - Venise. ↩
  7. Appel de Budapest - Colloque international - 7 - 9 juin 1995 - Budapest ↩

Documents historiques

Les documents d’archives disponibles peuvent être consultés au format PDF dans la rubrique Fonds SEC (Archives) ainsi que dans la rubrique Ressources documentaires.